Aristide_BruantARISTIDE BRUANT

Chanteur compositeur,

et... Cheminot

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Aristide de la Bastille

Inventeur de la chanson réaliste, il est l'inspirateur de Damia, Fréhel, Piaf, François Béranger, Renaud et des Garçons Bouchers. Aussi bien homme de théâtre que chansonnier, il a connu le  succès en prenant ses spectateurs à rebrousse-poil, et même en les injuriant, pour le compte. Trônant dans son cabaret montmartrois, il a fait frissonner le bourgeois, en composant des titres apparemment légers, qui marquaient en fait le retour à la tradition argotique de François Villon. Première star de la chanson engagée et interprète exceptionnel

Aristide_Bruant_3Bruant est issu d'une famille bourgeoise du Loiret qui a connu beaucoup de revers de fortune. Né à Courtenay en mai 1851, il y apprit le latin par les soins du curé. Envoyé  au lycée de Sens, dès onze ans, il collectionne les premiers prix de grec, de latin, d’histoire et de musique vocale. Et en 1862, il compose sa première chanson. Suite à cela, ses parents quittent Courtenay pour Paris où cinq déménagements se succédent pour fuir les créanciers, de Ménilmontant à Montmartre.
À la fin de l’année 1867, il quitte le lycée et travaille chez un avoué pour faire vivre toute sa famille, avant de devenir  apprenti, puis ouvrier-bijoutier. Il suit ses parents à travers Paris et la banlieue, fréquentant les restaurants pour pauvres, les cafés d’ouvriers, côtoyant les malheureux, les révoltés, les filles et les mauvais garçons. Il écoutait leurs confidences et s’initiait déjà à leur jargon.

Premiers couplets
Pendant la Guerre de 1870, il est engagé comme franc-tireur, dans la compagnie des "gars de Courtenay", puis il travaille à la Compagnie des chemins de fer du Nord. Durant quatre ans, il se passionne pour le langage des cheminots, se met à rechercher les origines de l’argot jusqu’à François Villon et aux coquillards et travaille sur les dictionnaires d’argot des bibliothèques municipales. Il compose des romances tendres qu'il chante dans les guinguettes avec succès et se fait engager au Robinson. Se produisant au Concert des Amandiers, il triomphe à nouveau, avec des chansonnettes comiques ainsi que des chants sociaux, commençant à en vivre très bien.

Aristide_Bruant_6Là, il se compose un costume de vedette : veston long, pantalon à patte d’éléphant, gilet clairet et chapeau haut-de-forme. Incorporé au 113e de ligne, à Melun, il y  écrit : V'la l’cent-treizième qui passe. Adaptée par le chef de musique du 113e, cette marche devient non seulement celle du régiment, mais  de la plupart des régiments français. Dès sa démobilisation, il franchit rapidement les étapes : des tréteaux Concert de l’Époque, il passe ensuite à la Scala et à l’Horloge. C’est de cette époque que datent les premiers chefs-d’œuvre sur les quartiers de Paris qui sont repris par les stars de l'époque, comme Paulus et Jules Jouy qui le fait entrer au Chat Noir, dont il compose illico la ballade.

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Du Chat Noir au Mirliton
e_chat_noir_afficheCe cabaret artistique se situait dans un ancien bureau de poste 84, boulevard Rochechouart. Bruant y a adopté la tenue de garde-chasse, vareuse de velours côtelé noir avec culotte assortie, enfoncée dans de grosse bottes noires, chemise et cache-nez écarlates, en guise de manteau une immense cape noire et, comme couvre-chef, le feutre noir à large bords que son ami Toulouse-Lautrec a souvent croqué. Un nouveau Bruant est né qui va dire deux mots à la foule des fils-à-papa, des fainéants, des incapables ! … Il leur criera la haine menaçante des pauvres et des révoltés … ainsi que la douleur blottie dans les bas-fonds … Reprenant l'endroit, il le rebaptise le Mirliton et comme le soir de l'inauguration, il n'y a que trois clients, il se met à les insulter copieusement ; le public apprécie ! On se déplace d’Auteuil ou Passy pour l’écouter chanter les peines et les joies de la crapule. C’était à la mode, avec  les ouvrages des écrivains naturalistes (Zola, Paul Adam, Goncourt ou Joris-Karl Huysmans.) Dans sa poésie apparemment simple, la puissance du raccourci et la précision du terme dissimulent de longues recherches : "sept mois pour une chanson !" a-t-il déclaré à propos de Biribi. Il lui fallait moins de temps pour composer les mélodies qu’il voulait nostalgiques et dépourvues de fioritures, à la manière de celle des cantiques de son enfance.

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De la rue au château
La publication du premier volume de ses œuvres, Dans la rue fit sensation. De Maurice Barrès à Anatole France, on salue le poète.  France écrivit : Le premier, Bruant a exprimé le pathétique de la crapule …  C’est la réussite : on le chante sur toutes les scènes, d'Eugénie Buffet à Yvette Guilbert. Il atteint une gloire internationale et, en 1895, abandonne son cabaret pour  des tournées à l'étranger et des galas mondains. Avec la gloire, la fortune récompense ses efforts : aux bénéfices du Mirliton s’ajoutent de confortables droits d’auteur et de gros cachets. Après une dizaine d’années, il  s’offre un château à Courtenay, grâce à Nini Peau de Chien, à la Méloche, à Toto Laripette et à La Filoche. Il s'y retire avant qu'en mai 1898, le châtelain se présente aux élections législatives à Belleville. Mais malgré une campagne, en partie chantée, il obtient seulement 525 voix.

 


 

La célèbre chanson d'Aristide...

"Nini peau d'chien"

(enregistrement d'époque)

 

Le monument national
Il se retire alors de la chanson pour se consacrer à l'écriture, mais continue à donner des spectacles, jusqu'en 1924 (un an avant sa mort) où il fait un triomphe. Sa carrure, sa présence en scène, sa voix rauque et puissante et ses chansons populaires ont fait de lui un monument de la chanson française. Il est un des poètes de l'argot de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il laisse ainsi des traces durables jusque dans la chanson française contemporaine où le texte garde une place importante. Un bel héritage !.

(source : fluctuat.net)

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